La cathédrale Saint Julien – seconde partie

19 février 2015
Par

Texte : Joseph Guilleux — Photos : Jean-Pierre Cian

 

Cet article fait suite à la première partie publiée dans l’Echotier en 2012.

 

Alignement des statues sur la face sud de la tour

N° 28 – Alignement des statues sur la face sud de la tour

 

LES STATUES DE LA FACE SUD DE LA TOUR – CLOCHER

 

Evêque bénissant

N° 29 – Evêque bénissant

Quatre autres statues, deux évêques, une vierge à l’enfant et un diacre (photo 28), prolongent le premier niveau d’alignement de la face ouest de la tour, au dessus des éléments conservés et intégrés du XIIè siècle que sont la porte d’entrée du porche et la grande fenêtre de la tour.

L’uniformité de la construction architecturale de toutes les niches ainsi que de la statuaire saute aux yeux. A partir du contrefort ouest de la tour, les niches sont toutes de la même taille. Elles ont faiblement évidées les modules des pierres des contreforts, et montrent des culots réduits au décor quasi identiques à l’exception du quatrième de la face sud. On y retrouve les deux colonnettes d’encadrement surmontées par des corbeilles de chapiteaux quasi identiques supportant une arcature supérieure en plein cintre, enfermant un réseau interne au dessin tréflé.

Culot au décor végétal à trois feuilles

N° 30 – Culot au décor végétal à trois feuilles

Le tout n’est pas coiffé par un dais, mais par un simple encadrement saillant de forme triangulaire, décoré à chacune des deux bases par un animal assis dont les têtes identiques les fait ressembler à des singes, avec sur les rampants une suite de trois feuilles en guise de crochets, prolongé sur sa pointe par un gros fleuron souvent abimé.

Evêque bénissant (Saint–Pierre ?)

N° 31 – Evêque bénissant (Saint–Pierre ?)

La statue de la première niche dévoile un évêque bénissant, ne portant aucun attribut permettant de l’identifier. Son port très droit lui donne un aspect massif et de raideur que ne réussissent pas à atténuer les faibles reliefs de sa chasuble et les plis du bas de sa robe (photo 29).

La base du culot déroule un beau décor végétal composé de trois larges feuilles bien conservées, dont deux tournent leurs pointes vers le haut, et encadrent celle qui étale sa pointe vers le bas (photo 30).

L’animal situé du côté droit de la base du trait d’encadrement du dais a été amputé de sa tête.

La statue de la seconde niche a beaucoup d’analogie avec la précédente (photo 31). Elle représente aussi un évêque mitré bénissant (index cassé), difficile à identifier. A.Mussat y reconnaît Saint Pierre ! Serait-ce par l’attribut tenu dans sa main gauche ? Celui-ci, dressé dans la paume de la main gauche du personnage reste difficile à identifier.

Est-ce une clef, attribut classique, montrant un double panneton aux extrémités dentelés ? Ou, l’arche d’un éventuel contrefort, symbole du premier bâtisseur de l’Eglise Universelle ? Hasardeuse hypothèse personnelle de ressemblance, du fait que le sculpteur n’a pas détaché l’objet de la tête de la statue.

Le personnage montre un port aussi raide que le précédent, avec cependant un meilleur rendu des plis de sa chasuble et du rendu des motifs décoratifs géométriques de l’étole qui dépasse son extrémité.

La statue de la Vierge à l’enfant de la troisième niche est la moins réussie des quatre statues qui s’étalent sur cette face. C’est aussi la plus détériorée avec la disparition de la main droite de la Vierge et de la tête et des mains de l’Enfant Jésus.

Diacre tenant un livre

N° 33 ‐ Diacre tenant un livre

Vierge à l'enfant

N° 32 – Vierge à l’enfant

Un peu moins haute et moins volumineuse que les trois autres, elle montre une grande raideur dans sa silhouette, malgré le faible déport sur sa gauche de la partie haute qui ne forme pas le déhanchement gracieux de ce type de statuaire (photo 32). Les deux gros plis de la robe, section inférieure sous le port de l’Enfant Jésus, accentuent et marquent le peu d’habileté du sculpteur en les faisant tomber aussi droit. L’importance du cou de la Vierge fait émerger le peu de soin apporté au travail du visage, le rendant disgracieux.

Le feuillage du culot est ébréché, et les deux animaux situés à la base du dais ont perdus chacun leur tête.

La statue de la quatrième niche reprend le thème de celles situées au même niveau sur les faces Ouest et Est de la tour. Nous y retrouvons un diacre tenant de sa main gauche l’angle de la base gauche d’un livre à fermoir appuyé sur sa poitrine. Sa main droite repose sur le haut de la tranche du livre (photo 33). Son identification est impossible. Sa tête n’étant pas nimbée, il ne peut s’agir d’un personnage sanctifié.

La courbure de son déhanchement met en valeur le personnage en réduisant l’effet réel de platitude du relief de la sculpture.

Le culot de la niche ne comporte aucune décoration sculptée, et la tête de l’animal gauche situé à la base du triangle terminal n’existe plus.

 

LES STATUES DE LA FACE EST DU TRANSEPT

 

Trois statues se trouvent sur cette face Est. La première prolonge le niveau de celles de la face Sud sur le premier contrefort plat de la tour. Les deux autres sont superposées sur le contrefort médian de la face Est du transept, sur sa face latérale sud tournées vers la ville close.

La statue de la niche creusée sur le dernier contrefort plat de la tour ne remplit pas l’ensemble du creux de la niche. Elle donne un aspect assez rigide à ce diacre qui redresse la tête, reconnaissable à sa dalmatique aux larges manches ornées et à son manipule (photo 34). Il tient un livre serré contre sa poitrine, soutenu par sa main gauche. La main droite s’appuie sur la tranche du livre.

Il se trouve au sein d’une niche quasi identique à celles des deux statues du second niveau de la face Ouest renfermant aussi des diacres (Saint Gervais et Saint Protais).

Le culot est orné d’un motif végétal composé ici de trois grosses fleurs (photo 35). Les deux colonnettes de l’encadrement sont terminées par des chapiteaux aux corbeilles ornées de deux lits de boutons floraux. Le dais à voûtes d’ogives se termine aussi en aplat à l’extérieur, ceinturé par des éléments décoratifs triangulaires surmontant des lobes très dégradés.

La statue du premier niveau du contrefort médian, monté au droit de la pile des travées, représente un évêque mitré sans doute Saint Julien d’après A.Mussat, mais sans montrer son attribut habituel de la source miraculeuse jaillissante.

Cet évêque (photo 36) occupe l’ensemble de la niche et apparaît en majesté, vêtu d’une chasuble aux plis bien traités, tenant de sa main gauche son bâton pastoral dont la partie terminale vient se coller à sa chasuble en formant un angle droit. La main droite tendue soutient une pierre, parallélépipède dont la forme peut représenter un futur édifice, symbole de la construction de l’église de la communauté chrétienne mancelle (37).

Le culot de la niche montre un décor composé de deux parties symétriques, bien séparées, dont l’une est très rongée. Sur celle bien conservée, on identifie un feuillage composée de trois feuilles trilobées (photo 38). Les deux colonnettes de l’encadrement sont la aussi terminées par un chapiteau portant une corbeille à deux registres végétaux supportant une arcature ogivale enfermant un dessin tréflé.

Diacre tenant un livre

N° 34 – Diacre tenant un livre

N° 36 - évêque mitré (est-ce Saint-Julien ?)

N° 36 – Évêque mitré (est-ce Saint–Julien ?)

Evêque tenant un bloc de pierre

N° 37 – Évêque tenant un bloc de pierre

Culot aux grosses fleurs

N° 35 – Culot aux grosses fleurs

Culot au feuillage

N° 38 – Culot au feuillage

Le tout est coiffé par un encadrement de forme triangulaire décoré à chacune des deux bases par un petit animal dont la tête se rapporte à celle d’un singe. Sur les rampants s’alignent cinq crochets au décor de feuillage. Un fleuron composé de deux niveaux au décor floral et d’un fleuron terminal coiffe cet encadrement.

Vierge à l'enfant

N° 39 – Vierge à l’enfant

La niche du second niveau renferme une Vierge à l’enfant dont le volume ne remplit pas l’ensemble du creux, laissant un vide dans toute sa partie haute (photo 39). Ce manque d’élancement, son faible déhanchement, lui donnent au premier abord un aspect assez lourd vite compensé par la finesse des différents rendus de sa sculpture.

Légèrement penchée à gauche, la tête plus arrondie de la vierge est voilée et couronnée. Elle tient sur son épaule, de sa main droite un rameau d’iris, et sur son bras gauche l’enfant Jésus vêtu. Celui la regarde et tient avec sa main droite, à la hauteur du cou de sa mère, un oiseau de la taille d’un pigeon (photo 40).

Le rendu des suites de plis tuyautés, et le jeu de leurs retombées obliques successives, affirment aux vêtements (manteau et robe) de la vierge une grande qualité sculpturale bien supérieure à celle de la face Ouest.

L’encadrement de la niche a conservé sa décoration. Le culot dessine un homme allongé, nous regardant, soutenant sa tête de sa main gauche au niveau du bas de sa joue. Son bras droit est déplié le long de son corps (photo 41).

Les deux colonnettes de l’encadrement ressemblent à celles de la niche précédente. Elles sont prolongées par le même arc ogival renfermant le même dessin tréflé. Deux branches saillantes et obliques dessinent les deux éléments d’un triangle qui coiffe la niche. Au la base de chacun de ces deux rampants sont positionnés deux petits animaux en position assis, dont la tête est tournée vers le spectateur. On y reconnaît un agneau à gauche, et un chien à droite (photo 42). Puis une suite de cinq éléments au feuillage trifide grimpent sur chacun des rampants jusqu’à son sommet prolongé par un épi végétal cruciforme.

N° 40 - L'enfant Jésus tenant un oiseau

N° 40 – L’enfant Jésus tenant un oiseau

N° 41 - Culot à l'homme allongé

N° 41 – Culot à l’homme allongé

N° 42 - Agneau et chien sur les bases des traits coiffant la niche

N° 42 – Agneau et chien sur les bases des traits coiffant la niche

 

Conclusion

 

Ces treize statues ne forment pas un ensemble iconographique stylistiquement uniforme. Cela peut s’expliquer par la différence chronologique entre la construction des deux travées du croisillon sud et de la reconstruction de la tour le terminant.

Elles paraissent être l’œuvre de trois ateliers très différents : le premier se situant sur le croisillon Ouest, le second sur un contrefort du croisillon Est, le troisième sur tout le pourtour de la tour.

La qualité des cinq sculptures du premier groupe est totalement différente de celle du second groupe. Pour trois d’entre elles, la Vierge à l’enfant, Saint-Julien et Saint-Paul, elles apparaissent plus vivantes, offrant des formes longilignes avec un déhanchement, une recherche dans le retombé des plis des vêtements. La stature des deux diacres est certes plus figée. Elles entrent, sauf Saint-Paul, au sein d’une cohérence iconographique qui a pour unité de rappeler les Patrons de l’origine de l’Eglise mancelle, en le marquant fortement par une hiérarchie par leur emplacement et par le dessin des culots et des dais très travaillés. La Vierge à l’enfant et Saint-Julien affirment leur prééminence. On peut malgré tout se demander, si le bûchage d’une fraction des colonnettes de leur encadrement, de façon à les pour les introduire dans les niches prévues pour la Vierge et Julien, ne correspondrait pas à une recomposition plus tardive, ou à une simple erreur de taille du gabarit de ces deux statues !

Le second groupe situé sur le croisillon Est se compose d’un évêque (est-ce Julien ?) et d’une Vierge à l’enfant n’offre pas la même qualité. L’évêque a une attitude raidie, se rapprochant de celle observée sur les gisants de l’époque comme le fait remarquer A.Mussat. La vierge manque de sveltesse, tout en livrant finesse dans le rendu des vêtements.

Le troisième groupe, regroupe trois types de personnages (2 évêques, 3 diacres et une Vierge) disposés autour de la tour, montre une cohérence stylistique indéniable. On y retrouve encadrement de même type, une statuaire de même gabarit, dans une position raide, au rendu des vêtements toujours identiques.

Sources :

A.Ledru, La cathédrale du Mans, construction du croisillon méridional, P.M., 1921, p.40.

André Mussat : La cathédrale du Mans, édit. Berger-Levrault, 1981.

Michel Bouttier : La cathédrale du Mans, édit. La Reinette, janvier 2000.

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